Comment Jésus est-il présent à la communion ?

La Communion des Apôtres, Luca Signorelli

La Communion des Apôtres, Luca Signorelli Musée Diocésain, Cortona

La Communion des Apôtres, Luca Signorelli
Musée Diocésain, Cortona

Si le sacrement de l’Eucharistie est un élément essentiel de la présence de Jésus pendant la messe, la formulation par l’art de cette expérience personnelle et intime est bien difficile. Luca Signorelli, peintre italien toscan de l’école florentine, nous propose une interprétation peu commune qui ne peut être abordée comme un témoignage historique ou théologique.

Ici, le groupe des personnages se déploie dans un cadre architectural antique et imposant, typique du goût de la Renaissance, rappelant une nef d’église ouverte sur un ciel limpide. Debout ou à genoux, les apôtres forment une pyramide dont l’axe et le sommet sont matérialisés par le Christ. Ces figures, puissamment modelées et aux vêtements colorés, accentuent l’effet de perspective parfaitement maîtrisé et conduisent naturellement le regard vers le geste de Jésus. Ce dernier donne la communion : étonnant et anachronique !

Nous le savons, pendant le repas « Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : ‘Prenez, mangez : ceci est mon corps’. » (Mt 26,26). Ce n’est pas ce geste qui est ici évoqué, mais la réalisation de la demande expresse du Seigneur : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22,19). En regardant cette œuvre, je me souviens que je suis disciple de Jésus. Comme les apôtres, je suis en communion directe avec lui et je le reçois, dans l’Eucharistie, au plus intime de moi-même.

Un seul personnage se tourne vers le spectateur, tout en déposant de l’argent dans la bourse qu’il porte à la ceinture. Judas semble nous interpeler et nous inviter à rejoindre ce groupe. Être convié par celui qui va trahir Jésus, cela peut nous paraître paradoxal et déplacé. Or, Signorelli atteste ainsi que, malgré nos manquements, nous pouvons recevoir la force et la vie de Celui qui n’est que miséricorde.

Père Frédéric Curnier-Laroche, historien de l’art et prêtre du diocèse d’Autun