Jésus a-t-il été jugé ?

Le Christ quittant le prétoire de Gustave Doré

Q Jésus a t il été jugé Gustave Doré

 

Gustave DORE, Le Christ quittant le prétoire – 1867-1872

Huile sur toile, 600 x 900 cm – Musée d’art moderne et contemporain, Strasbourg

La foule est conséquente, agitée, disparate et foisonnante. Pourtant, Jésus parait seul. Placé parfaitement au centre du tableau et ainsi point de focalisation de notre regard, il descend majestueusement les marches du Prétoire, vêtu de blanc et ceint de la couronne d’épine, éblouissant d’une lumière surnaturelle (« Ma royauté de vient pas de ce monde » a-t-il déclaré à Pilate), abandonné (dans tous les sens du terme). Et il me fixe…

La sentence de Pilate a été rendue sous la pression des grands prêtres et de cette foule. La croix à laquelle il vient d’être condamné l’attend en bas de ces marches, comme un sinistre et ignoble présent de cette masse grouillante qui semble encore vociférer : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » (Mc 15, 13-14). Les attitudes variées qui rythment la composition et la subtilité dans l’usage de la lumière, des couleurs et des expressions, ne peuvent que toucher et impressionner le spectateur. L’opposition entre la foule agitée et le calme du Christ permet d’insister sur la tragique solitude du Sauveur, comme étranglé par l’orgueil et la suffisance des Lévites et des Pharisiens.

Pilate et Hérode, qui n’ont pas réussi à sauver Jésus, se tiennent en arrière-plan. Caïphe, Anne et Alexandre, sur la droite, en haut des marches, se réjouissent de sa condamnation. Parmi des soldats romains, on distingue Marie-Madeleine qui s’effondre aux pieds de la Vierge Marie, traditionnellement vêtue de bleu et de blanc.

Catholique, Gustave Doré cherche l’apaisement dans la foi chrétienne. Dans sa peinture, il s’intéresse à la personnalité de l’homme Jésus, seul face à son destin. Tous ses grands formats représentant le Fils de Dieu souffrant traduisent la fascination exercée par un Christ blessé par les moqueries.

Cette imposante toile, qui sera l’œuvre phare d’une longue exposition itinérante à travers les Etats-Unis, de 1892 à 1898, conservée au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, est de dimensions plus importantes que ses deux répliques du musée des Beaux-Arts de Nantes et de la Bob Jones University de Greenville.

Père Frédéric Curnier-Laroche, historien de l’art et prêtre du diocèse d’Autun