Jésus, un sage ou un pédagogue ?

Traditio legis, Mausolée de Sainte-Constance (Rome)

« Traditio Legis », Vème siècle, Mosaïque, Mausolée de Sainte-Constance, Rome

« Traditio Legis », Vème siècle, Mosaïque, Mausolée de Sainte-Constance, Rome

Émouvant témoignage qui nous fait rejoindre les premiers chrétiens, cette mosaïque orne une abside qui jouxte l’harmonieuse rotonde du mausolée de sainte Constance à Rome. A l’origine lieu de sépulture destiné à la fille de l’empereur Constantin, il devint lieu de culte et reste, de nos jours, l’un des lieux les plus emblématiques de l’architecture du IVème-Vème siècle.

Le rôle d’enseignant de Jésus est l’une des caractéristiques des représentations antiques du Christ. Ici, il est debout sur le mont Sion symbolique d’où sortent les sources des quatre fleuves du Paradis (Apocalpyse 14,1). L’eau est indispensable à tout être vivant. Par métaphore, Dieu est désigné comme « source de vie ». Jésus le manifeste par ses actes et par son enseignement : « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4,14).

Il tient de sa main gauche un volumen, rouleau de parchemin sur lequel est inscrit l’une de ses parole : « Dominus pacem da » (« Le Seigneur donne la paix »). Il donne ce rouleau à l’apôtre Pierre. C’est l’enseignement qui est transmis de générations en générations. Par ce geste symbolique, la scène montre que le Christ annonce la bonne nouvelle du Salut et donne à ses disciples la Loi nouvelle.

La main droite de Jésus est levée pour signifier qu’il est en train de parler. Il est imberbe, avec un visage adolescent. Même si nous sommes surpris de le voir représenté ainsi, il faut nous rappeler que les premiers artistes chrétiens se sont fortement inspirés de la culture classique gréco-romaine et de son idéal de beauté masculine. Il s’agit de l’image du héros victorieux – Jésus ne l’est-il pas, lui qui par sa résurrection est vainqueur de la mort ? – Mais on peut aussi penser que la jeunesse de Jésus exprime celle de son message, de son dynamisme et de son optimisme, en contraste avec le paganisme vieillissant et en plein déclin.

Quatre brebis, attentives, se tournent vers Jésus. Dans la symbolique chrétienne, la brebis désigne l’âme sauvée par le Christ « bon pasteur ». Ici, elles représentent les fidèles qui bénéficient des bienfaits de l’enseignement de Jésus. Il s’agit aussi de la figuration littérale et symbolique de sa demande à Pierre : « Fais paître mes brebis ».

Cette représentation, par son naturel et sa fraîcheur, évoque une proximité touchante de Jésus, non seulement avec ses disciples Pierre et Paul, mais avec nous qui le contemplons. Il nous regarde et son visage, gracieux, rayonne de bonté et d’humanité. Oui, Jésus se met à notre portée pour que son enseignement nous renouvelle et nous libère.

Père Frédéric Curnier-Laroche, historien de l’art et prêtre du diocèse d’Autun