Que signifie Jésus « Fils de Dieu » ?

Les Deux Trinités de Murillo

Les Deux Trinités de Bartolomé Esteban Murilo,1675-1682,  National Gallery, Londres © National Gallery, London

Les Deux Trinités de Bartolomé Esteban Murillo,1675-1682,
© National Gallery, London

« Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre. » La parole d’Edward Hopper s’applique parfaitement à cette œuvre touchante de cet artiste baroque sévillan qui vécut au XVIIème siècle et qui fut, avec Diego Vélasquez, Francisco de Zurbaran et José de Ribera, l’un des principaux représentants du Siècle d’or de la peinture baroque espagnole.

Jésus « grandit et se fortifie, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu est sur lui. » (Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc. Chapitre 2, verset 40). Marie le contemple, émerveillée, son doux visage comme captivé. Mais son geste de la main droite m’est destiné. Elle m’invite à faire de même, tout comme Joseph qui me fixe. Comment penser encore que Dieu est loin de moi ? Je peux rejoindre cette famille et former avec elle ce noyau que sera l’Église. Oui, je peux entrer dans ce mouvement perpétuel de l’amour trinitaire !

Comme nous, Murillo ne voit pas Dieu. Il l’imagine. Et ce Dieu tout autre, inaccessible, maître et créateur de l’univers, est présent partout où Jésus et l’Esprit le sont. Ici, pour évoquer la toute puissance et l’éternité du Créateur, l’artiste utilise cette convention – peu satisfaisante – en le représentant (lui que personne n’a jamais vu, sinon le Fils) sous les traits d’un vieillard barbu (alors qu’il est, l’Éternel, en dehors du temps) porté par une nuée éclatante et entouré d’anges.

Et si nous faisions un peu de géométrie ? Père, Esprit Saint et Fils se répartissent au centre du tableau, sur un axe vertical. Mère, Enfant et Père nourricier occupent la partie inférieure, en formant un léger triangle isocèle qui répond à celui que forment Dieu le Père et les chérubins. Ainsi, en articulant la composition autour de la colombe de l’Esprit, l’artiste associe ces deux Trinités, l’une divine, l’autre humaine. Le génie de Murillo lui permet, à travers cette œuvre unique dans l’histoire de la peinture occidentale, de nous montrer combien ces deux natures constituent la personne même de Jésus. Oui, pour moi, pour tous les hommes et pour notre salut, le Fils de Dieu s’est fait homme !

Père Frédéric Curnier-Laroche, historien de l’art et prêtre du diocèse d’Autun