Noël est-il l'anniversaire de Jésus ?

Roselyne-Dupont-Roc-webLa réponse de Roselyne Dupont-Roc

Si nous utilisons habituellement le terme d’anniversaire pour rappeler les dates importantes de notre vie, alors nous pouvons aussi l’appliquer à la venue au monde de Jésus, en sachant toutefois que cet événement, unique et décisif pour la foi des chrétiens, prend une dimension beaucoup plus large que le seul rappel de la naissance de l’enfant Jésus.  

Aux origines de Noël
Les chrétiens n’ont fêté la naissance de Jésus à Noël qu’à partir du 4eme siècle. Le premier témoignage officiel, qui remonte à 354, suppose que la nuit du 24 au 25 décembre est fêtée comme anniversaire de la naissance du Christ depuis une vingtaine d’années à peine. Au siècle suivant, l’empereur Théodose II l’officialisera. Il s’agissait de remplacer les fêtes païennes du solstice d’hiver. Car, c’est à ce moment de l’année que l’on célébrait depuis longtemps dans l’empire romain la renaissance du soleil, “sol invictus”, avec les jours qui recommencent à grandir.
Noël affirmait que, pour les chrétiens, Jésus était le seul soleil levant, l’astre qui illuminait la nuit.

La question de la date
Quelques observations sur la date s’imposent : nous n’avons en effet aucun moyen de dater exactement la naissance de Jésus. L’année même de cette naissance est discutée. Jésus est né sous le règne d’Hérode le Grand, qui, paradoxalement, est mort en 4 avant J.-C. Il n’y a là aucun mystère ! Simplement le fait que lorsque le calendrier chrétien a été établi à partir de la naissance de Jésus, on situait cette naissance par rapport à la fondation de Rome.  Le moine qui travailla sur ce calendrier, Denys le Petit (5eme siècle), s’est trompé de cinq ou six ans pour fixer l’an 1. Les chrétiens ne s’inquiètent pas de cette ignorance ; leur foi ne consiste pas seulement à faire mémoire d’un passé révolu, mais à affirmer aussi  la présence du Seigneur vivant aujourd’hui, aux côtés des siens et de tous les hommes de bonne volonté. Raconter sa vie et son histoire, c’est montrer que celui qui naquit sous Hérode le Grand et mourut sous Ponce Pilate est bien le Seigneur ressuscité qui vient à notre rencontre et transforme nos vies.

Frédéric  Cappelle © CIRIC

Frédéric Cappelle © CIRIC

Noël, jonction inouïe du divin et de l’humain
Noël fut d’abord fêté en lien avec l’Épiphanie. Depuis la fin du 2ème siècle, quelques groupes chrétiens célébraient l’Épiphanie comme « manifestation du Seigneur », en lien avec le baptême de Jésus. Lors de ce baptême la voix divine le révéla comme Fils de Dieu, habité par son Esprit. La fête se situait dans la première semaine de janvier. Aujourd’hui, les orthodoxes et les catholiques de rite byzantin, célèbrent en même temps, le 6 janvier, Noël et l’Épiphanie. Ils ont en effet conservé le calendrier « julien » (introduit par Jules César), comportant treize jours d’écart par rapport au calendrier occidental « grégorien » (institué par le pape Grégoire XIII au XVIe siècle), et qui est devenu le calendrier civil.
Si, en Occident, Noël et l’Épiphanie sont restées des fêtes distinctes, le lien entre les deux grandes célébrations reste évident. Il s’agit bien, en s’appuyant entre autres sur le récit de la visite des mages dans l’évangile de Matthieu, de célébrer la manifestation, à tous les peuples de la terre, de Dieu, venu dans notre chair. « Et le Verbe s’est fait chair », affirme le prologue de l’évangile de Jean (Jean 1,14).
Noël met en lumière l’action la plus inattendue de notre Dieu : il vient, en Jésus, partager notre humanité. Là s’opère la jonction inouïe du divin et de l’humain, de l’éternité et du temps. Noël, on l’oublie trop, est la fête du mystère de l’incarnation.

Roselyne Dupont-Roc, bibliste, Cetad, enseignante à l’Institut Catholique de Paris (1985-2011), Centre Intelligence de la Foi (CIF)
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